Les cachalots communiquent par des séquences de clics appelées « codas », un mode de communication unique parmi les cétacés. À l'Université de Toulon, Pascale Giraudet, enseignante à l'UFR Sciences et techniques et chercheuse au laboratoire LIS, mène des recherches approfondies sur ce langage sous-marin.
Avec son équipe, composée de trois étudiants, un membre de Longitude 181 et deux doctorants, elle analyse ces clics pour identifier les spécimens, reconstituer leurs dialogues et reconnaître les cétacés à leurs voix. Ces clics servent à la fois à l'écholocation, pour chasser dans les profondeurs obscures, et à la communication, se distinguant des chants des baleines ou des sifflements des dauphins par leur dynamique temporelle particulière.
La clé de ces travaux réside dans la mesure de l'intervalle interclic (ICI) et de l'intervalle interpulse (IPI). L'IPI permet de déterminer la taille de la tête de l'animal, et donc de l'identifier individuellement. En croisant ces mesures avec les données d'identification visuelle des individus fournies par l'association Longitude 181, l'équipe attribue chaque clic à son émetteur.
Les recherches ont permis d'observer des dialogues entre cachalots, comme entre les femelles Vanessa et Delphine, où leurs séquences de clics s'entremêlent et s'influencent mutuellement. Chaque cachalot semble posséder une « personnalité acoustique » et une coda signature, transmises culturellement au sein des clans, créant ainsi des « dialectes » différents selon les groupes.
Bien qu'un « dictionnaire cachalot-français » complet soit impossible, les chercheurs peuvent relier les codas aux circonstances et aux comportements, comme une séquence spécifique accompagnant le contact physique entre deux femelles. L'équipe de l'Université de Toulon est la seule au monde à pouvoir identifier qui dit quoi, quand et en fonction de quel comportement.
Les méthodes mobilisées incluent le traitement du signal pour extraire l'IPI dans des environnements bruyants, et l'intelligence artificielle pour séparer les codas entremêlées grâce au clustering et à l'apprentissage non supervisé. La plateforme SMIOT et le laboratoire LIS de l'université couvrent l'ensemble de la chaîne, de l'acquisition des données à leur interprétation.
Les enjeux pour les dix prochaines années sont la protection des cachalots, très sensibles aux perturbations humaines comme les collisions avec les bateaux et le bruit anthropique. Savoir où ils se trouvent et quand ils socialisent permettrait de mieux les protéger, notamment dans le sanctuaire Pelagos. La curiosité scientifique demeure également, considérant les cachalots comme une « pierre de Rosette » de la communication animale.




