Notre page d'histoire nous ramène en 1913 pour évoquer la plus grande catastrophe ferroviaire qui endeuilla le département des Alpes-Maritimes. À une époque où environ 150 kilomètres de voies de tramway desservaient de nombreux villages et villes, le tramway assurant la liaison entre Cagnes et Grasse quitte la gare de Pré-du-Lac en cette soirée du 17 septembre sous une pluie battante.
Le convoi, composé de deux motrices et de deux voitures, était bondé, emportant de nombreux militaires destinés à rejoindre Nice. Dans la descente, le train s'emballe et son conducteur ne parvient pas à freiner. L'ensemble aborde à grande vitesse le virage précédant le « viaduc des vignes », qui enjambe un ravin d'une vingtaine de mètres de profondeur sur la commune de Villeneuve-Loubet.
L'accident est inévitable. Alors que la première motrice bute contre le parapet, les trois autres déraillent et s'abîment dans le vallon. Dans cette campagne alors déserte, l'alerte des secours est difficile. Les premiers arrivés sont les quelques habitants des bastides environnantes, tandis que des survivants partent vers les villages pour transmettre la nouvelle par télégraphe ou téléphone.
Malgré tout, les secours s'organisent. Le docteur DE ALBERTI, passager de la première voiture miraculeusement épargnée, organise avec des militaires les premiers soins. Ils sont bientôt rejoints par des confrères de Cagnes venus en automobiles avec leur matériel médical. Des renforts arrivent ensuite : l'ambulance de l'automobile club, une « auto d'ambulance » du parc d'artillerie militaire et deux camions transportant un détachement de 15 pompiers de Nice, commandés par le capitaine CONSTANTIN.
La presse de l'époque décrit l'ampleur du drame : « À la lueur des torches des pompiers, des lampes à acétylène et des lanternes réquisitionnées un peu partout, on travaille. Mais il est très pénible de dégager les blessés. Les trois voitures se sont renversées les unes sur les autres et la terre détrempée s’enfonce sous leur poids qui dépasse trente tonnes. La pluie fait rage, le vent qui siffle en rafales à travers les arbres trompe ceux qui cherchent les blessés, tâtonnent dans l’obscurité et sont guidés par les plaintes. » À trois heures du matin, le préfet André De JOLY décide de suspendre les opérations jusqu'au lever du jour.
Le 18 septembre 1913, 35 pompiers niçois épaulent les militaires du 7ème régiment d'artillerie pour les « manœuvres de force » permettant de dégager les derniers corps en soulevant les carcasses déformées des voitures. Le bilan final s'élève à 17 morts, dont 12 militaires, et 40 blessés.
La presse de l'époque soulignera le dévouement des sapeurs-pompiers, félicitant le capitaine Constantin et le lieutenant Poullan pour leur clairvoyance et leur rapidité. Les détachements partis de Nice ont travaillé sans relâche sous la pluie. Le préfet De Joly s'est montré très satisfait du courage des pompiers.
Aujourd'hui encore, non loin de la route reliant Villeneuve-Loubet à Roquefort-les-Pins, subsistent les vestiges d'une voie de tramway avec son « pont des vignes », où une plaque rappelle cette catastrophe vieille de 113 ans.



