Mardi 22 septembre 2026, une équipe de chercheurs, dont Xavier BODIN et Josué BOCK du laboratoire EDYTEM (Environnements, Dynamiques et Territoires de Montagne), unité mixte de recherche du CNRS et de l'Université Savoie Mont Blanc, a repris le suivi des glaciers rocheux dans le vallon surplombé par le pic de la Farnéréita et la Crête de Coq, près de la chapelle de Clausis à Saint-Véran.
Ce suivi, initié en 2019 dans le cadre de l'observatoire PermaFRANCE, vise à surveiller l'évolution du permafrost dans les Alpes françaises. Anne GOUSSOT, chargée de mission biodiversité au Parc du Queyras, explique que le travail porte sur deux glaciers rocheux dans ce vallon.
Le permafrost, ou pergélisol, est le sous-sol gelé en permanence, présent au-dessus de 2500 m d'altitude dans les Alpes. Un glacier rocheux est un mélange de débris rocheux et de glace se déplaçant lentement (quelques centimètres à quelques mètres par an) sur un versant, témoignant de la présence de permafrost. Il ne faut pas le confondre avec les glaciers noirs, qui sont des glaciers blancs recouverts de détritus.
Le Parc du Queyras, s'étendant sur 618 km², dénombre 59 glaciers rocheux couvrant une surface totale de 12 km². Certains, comme ceux du Farnéiréta, sont actifs et se déplacent, tandis que d'autres sont dits "fossiles".
L'activité de ces glaciers rocheux, qui résultent de processus périglaciaires, dépend des conditions climatiques. Le changement climatique peut modifier leur état thermique, affectant la ressource en eau ou la stabilité des versants.
Les campagnes de mesures annuelles, menées par le laboratoire EDYTEM et le PNR du Queyras, analysent la vitesse de déplacement de ces glaciers rocheux. Les chercheurs effectuent des relevés GPS sur une vingtaine de blocs, mesurant leur position avec une précision centimétrique à l'aide d'un GPS différentiel. Des points de référence hors glaciers sont également utilisés pour valider les données.
Parallèlement, des données de température sont collectées sur la surface des glaciers rocheux et dans un contexte sans permafrost.
Les observations de terrain suggèrent une activité accrue dans certaines zones, mais les conclusions définitives dépendront de la comparaison des données de 2025 et 2026. Les mesures précédentes indiquent des vitesses de déplacement de quelques mètres par an.
Ces glaciers rocheux ont été choisis pour leur mouvement important et leur accessibilité. Des facteurs comme l'enneigement, la hausse des températures, les canicules et les orages peuvent influencer leurs mouvements.
La fonte de ces glaciers rocheux soulève des questions sur leur rôle dans les cycles hydrologiques locaux, notamment en période d'étiage. Marc FIQUET, hydrogéologue et directeur du Parc du Queyras, souligne que ces "réservoirs hydrogéologiques" potentiels sont encore peu étudiés.
Le Parc a initié des actions pour mieux connaître ces formations. Un stagiaire de Master 2 de l'Université de Savoie Mont-Blanc, Loïc BLANC, a collecté et analysé des données, menant des investigations sur le terrain.
Des températures très basses, atteignant 1,6°C, ont été relevées dans des circulations d'eau au front de certains glaciers rocheux, comme celui près du col la Noire, des températures nettement inférieures à celles des sources et cours d'eau environnants.
Le devenir de l'eau et de la neige alimentant ces masses rocheuses reste une question ouverte, nécessitant davantage de recherche pour comprendre ces phénomènes invisibles.




